Je n'ai donc pas vraiment d'école à moi, de classe à moi que je pourrais aller décorer à ma façon, je ne sais pas encore où je serai demain, mardi, jour de la véritable rentrée des élèves.
A l'heure où vous me lisez, ce lundi, je sais que je suis dans mon "école de rattachement", une école où les collègues préparent assidûment leur classe (si, si, y'en a qui bossent). Une école où je suis un peu "de trop", posée entre la bibliothèque et l'espace internet, et peut-être qu'on pensera à me prévenir s'il y a une pause café, sinon je descendrai de moi-même histoire de ne pas faire trop mon asociale, vu que 6 heures toute seule, c'est quand même un peu long (même si j'ai deux trois photocopies à faire)(non, je n'écris pas mon blog du boulot: n'y pensez même pas!).
Je ne vais pas vous dire dans ces moments que j'adore mon métier.
Remarquez, ça me fait penser, il y a toujours pire.
Regardez Clara: que je vous fasse un petit aperçu rapide de cette copine dont je ne vous ai jamais encore parlé (oui, à côté, j'ai une vie, des amis, tout ça...): Clara, son appart est plus désinfecté que la chambre du plus propre des hôpitaux de France, zéro poussière, zéro bactérie. C'est le genre de fille qui va se laver les mains 3 fois avant de manger, 3 fois après. Chez elle, chaque chose est à sa place, tout est ordonné méticuleusement, tout est neuf, plus moderne que chez ikéa, plus tendance que chez Valérie Damidot.
Clara, Elle est parfaitement parfaite, à 5heures du mat' comme à minuit. Belle, soignée, soigneuse. A vous filer des complexes. Elle vient d'une bonne famille, toute élevée dans le privé/catholique.
Clara, elle a quand même un défaut: elle est instit. Elle a passé son concours en même temps que moi, l'année où moi, je l'ai loupé (de peu, rhô, ça va hein...), évidemment, elle, elle l'a réussi. (Oui, mais sa mère avait fait brûler un cierge, c'est ça qui m'a manqué, certainement, ce jour-là).
Ses premières années ne furent pas évidentes: quand on est instit, on n'est pas toujours face à des élèves parfaits (non, non, pas toujours...), et puis surtout, elle a été exilée en pleine cambrousse, loin de tout.
N'empêche que, dans son malheur, elle s'était trouvé une bonne école toute neuve, toute reluisante, où elle a fait ses premiers pas de parfaite instit.
Et puis, est venu le moment où elle a commencé à en avoir un peu ras le bol de vivre en ermite loin de tout, où elle en a eu assez de s'éclairer à la bougie et de se laver à l'eau froide (j'exagère un peu?): elle a décidé de se rapprocher, et bingo, elle a eu sa mutation cette année dans une école de banlieue (la route est longue pour accéder à l'école de centre ville, mes gens...). Dans ma circonscription.
"Tiens, zeste, toi qui est remplaçante, tu connais peut-être l'école Jeff Furry où je suis nommée?" (je dis "Jeff Furry" comme ça au pif, ne commencez pas à faire vos recherches...), qu'elle m'a dit, sur msn (non, même sur msn, elle ne parle pas en langage sms, elle est parfaite, je vous répète...).
Hum hum. Comment dire. Bien sûr, cette école, je la connais, et vu le nombre d'écoles que j'ai squattées l'an dernier, je dois dire que quand je m'en souviens, c'est que c'était soit formidable, soit horrible (plus souvent le deuxième cas que le premier)(en fait, il n'y a eu qu'une école formidable). Manque de bol pour elle, celle-là, la Jeff Furry, elle est dans ma catégorie "oh mon dieu, jamais je ne voudrais rester plus d'une journée dans cette école".
Je ne lui ai pas dit, parce que je ne suis pas du genre à démoraliser. Ou parce que je n'ai pas de couille, au choix. Quoi qu'il en soit, j'étais contente d'être sur msn, ce jour-là, en "occupée": j'ai pu faire semblant de ne pas être là (c'est lâche, je sais).
Jeff Furry, c'est un peu la pire école sur la courbe des écoles que je vous avais tracée ici. Un vieux mobilier à moitié cassé, une vue atroce, une petite cour en macadam, sans jeu, des instits pas sympas, des atsems qui n'aiment ni les instits, ni les enfants. De l'extérieur, ça ressemble un peu à une usine, de l'intérieur, ça ressemble un peu à... rien. Le milieu social des familles fréquentant l'école (c'est à dire les familes qui vivent au 19 étages de la tour d'à côté) donne encore un peu envie de pleurer même après avoir avalé un tube entier d'euphorisants.
Je n'y suis restée qu'une seule journée: je me souviens que l'assistante d'éducation était sympa, ça m'avait un peu sauvée... je me souviens qu'elle m'avait dit qu'elle ne resterait pas dans cette école. Forcément.
Je ne sais pas encore à quelle sauce je serai mangée, demain. Mais tout bien réfléchi, j'en viens à m'en satisfaire, de mon poste...