lundi 9 juin 2008

ZeStE PrAtIqUe La MéDeCiNe

Je vous ai déjà dit que j'étais instit, me semble-t-il (ça, c'est un test: pour ceux qui me disent que non, allez tout de suite acheter le pack-dépistage-alzheimer à la pharmacie, ça sent le roussi).

Bon, eh bien sachez que très souvent, je fais aussi des pré-diagnostics médicaux sur les élèves.

- maîtresse, j'ai mal à ma dent, là!!!
- oui, c'est peut-être une carie, il faudrait que tu dises à maman ou papa d'aller voir le dentiste...

- maîtresse, j'ai mal au ventre...
- tu as envie de vomir (ça c'est la question à poser illico presto pour éviter tout accident- même si souvent il est déjà trop tard)? non? alors tu veux peut-être essayer d'aller aux toilettes? tu as peut-être mal digéré ce que tu as mangé ce midi... il faudra que tu dises à papa ou à maman à 16h30, là il te reste une heure à tenir, ça va aller?

- maîtresseeeee... j'ai mal à la tête!!
- ah, ça, c'est parce qu'il y a trop de bruit dans cette classe, on va essayer d'être moins bruyant...

- maîtresse, je me suis fait mal lààààà...
- va mettre un peu d'eau dessus... (oui, parce qu'on n'a plus le droit de mettre autre chose que de l'eau, même le contre-coup, c'est plus possible... mais l'eau accomplit pas mal de miracles, à Lourdes comme au robinet de la plus petite école du nord)(y'en a qui s'emmerdent encore à aller à Lourdes...)

Bref. Tout cela pour dire qu'aujourd'hui, non seulement j'ai été un peu médecin, mais en plus j'ai été chef de famille. Non, parce que le boulot d'enseignant ne s'arrête pas à enseigner, faudrait pas croire. Surtout dans le coin où je fais mes remplacements, d'ailleurs, où je devrais peut-être plus avoir un statut (avec les études qui vont avec) d'assistante sociale, de psychologue... ou des deux.

Souliman débarque, un peu moins dynamique que les autres jours. Son cartable, au lieu d'être propulsé comme à l'habitude sur son voisin qui, pour réponse logique, se lèverait de sa chaise pour lui en mettre une, ce à quoi Souliman répliquerait par une insulte que je n'oserais même pas inscrire ici, avant que je ne saute au dessus de mon bureau pour les séparer... Donc, son cartable n'atteint pas la cible habituelle, et il a l'air pour le moins vaseux, le petit Souliman. Mais je ne m'en étonne pas plus que ça, étant donné que je gère déjà plus ou moins bien le problème du dernier stylo disparu pendant la cantine qui fait monter une énôôôôôrme colère parmi les élèves (p*tain, un stylo did*l, quoi...)

Cinq minutes passent, les enfants sont presque assis (le stylo retrouvé dans la case de l'un d'entre eux qui a juré que ce n'était pas lui qui l'avait mis là) prêts à entendre comment mettre la retenue au dessus des dizaines dans une addition.
On frappe à la porte: la mère de Souliman.

La mère: oui, bonjour, excusez moi madame... je suis la maman de Souliman...

Moi: oui...

La mère: je voulais savoir si je devais mettre Souliman à l'école... il a 39 de fièvre, il dormait à moitié, mais il voulait absolument aller à l'école... à votre avis?

Moi: ... à mon avis?

La mère: vous pensez qu'il peut aller à l'école avec 39 de fièvre?

J'aurais aimé répondre à cette bonne dame que nous faisions aussi hôpital, et qu'un médecin étant présent dans l'école, Souliman n'avait qu'à s'allonger un peu au fond de la classe en attendant qu'on vienne le soigner. Et que si elle voulait, elle, sa maman, pouvait patienter avec lui, et regarder un petit film en attendant que le docteur arrive, et que j'allais lui faire un thé. Mais je suis restée polie et zen, et j'ai réussi à ne pas rire, ni à éclater en sanglots.

Moi: ... ben... 39, il ne doit pas être terriblement bien, quand même, ce n'est pas possible pour vous de le garder à la maison?

La mère: ben si... mais il voulait absolument venir, alors...

J'aurais aimé répondre qu'elle avait raison, que son enfant de 5 ans devait décider de ce qu'il voulait faire, qu'il était temps pour lui de savoir qu'il était le chef à la maison. Et puis éclater de rire ou fondre en sanglots, encore une fois.

Moi: Souliman, viens voir ici... Si tu es malade, il faut rester à la maison, tu as de la chance de pouvoir te reposer, ta maman est là... tu ne vas pas être en forme, toute cette après midi... va chercher ton cartable...


Que ça se sache: dans ma classe, les enfants de 5 ans ne décident pas de ce qu'il leur semble bon de faire ou pas. (Notez qu'il doit sacrément être mal à sa maison, pour préférer l'école à une après midi chez lui avec sa maman. Ça ne m'est jamais arrivé...)(en même temps, je n'ai jamais été mon instit, he he...)

Que ça se sache aussi: Souliman l'enfant roi, je ne veux pas l'avoir dans ma classe quand il aura 15 ou 16 ans. Ouf, je suis juste instit... au pire, à 11 ans, il sera encore à peu près gérable... Bon courage aux profs de collège!